Jeu-de-LOie-XVIeme-Siecle

Le Jeu de l’Oie

Certains se demanderont peut-être que vient faire le Jeu de l’Oie ici… Ce fameux Jeu de l’Oie que nous connaissons tous et qui faisait notre bonheur lorsque nous étions enfant, est avant tout une énigme qui renferme plus d’un mystère. D’abord par sa construction autour des 7 cycles de 9 ans à la connotation très cabalistique qui caractérise le « Jeu » et ensuite de par sa forme en spirale qui n’est pas anodine.

Pour l’expliquer je vais donc commencer par son appellation : Jeu de l’Oie.

L’Oie est un animal qui depuis l’antiquité égyptienne, grecque et plus loin romaine, est considéré comme capable d’établir un lien (pour simplifier) entre l’humain et la divinité. Je vous laisse regarder dans les divers liens proposés (cf. LuminessensBalises Bibliothèque Publique d’Information) pour vous rendre compte de cette réalité qui perdure jusqu’à aujourd’hui dans certaines traditions où l’on sacrifie une Oie à l’occasion de certains rituels.

La démarche.

Depuis longtemps déjà ce Jeu de l’Oie a captivé mon attention avec sa spirale et ses cases bien disposées. Aussi, je me devais de l’étudier d’un peu plus près à la lumière de mon expérience et des recherches qui ont pu être effectuées çà et là par divers experts en jeux anciens.

En effet l’Oie est l’Oiseau qui sait « Ouïr » d’où elle prend son nom. L’Oie étant un oiseau, le parallèle est rapide entre celle-ci et sa capacité à nous éclairer sur le célèbre et pourtant bien mal compris Langage des Oiseaux.

La Langue des « Oiseaux ».

Cette langue des Oiseaux est avant tout, et bien avant l’Alchimie, non pas un code secret élaboré afin de transmettre un savoir acquis à d’autres, mais bien un langage universel qui ne se dévoile qu’aux yeux de l’Esprit.

Ainsi pour discerner le message en toute chose, la première des leçon est de rendre la compréhension simple, c’est pour cela que l’on privilégie la phonétique, et toujours le « Son ». Le « Son » comme je l’ai déjà évoqué est le pouvoir créateur, il est le verbe par qui tout existe. Lorsqu’il s’agit de chiffres et nombres, le langage des Oiseaux devient dans le même esprit, « la Numérologie ». Celle-ci est alors évocatrice d’une symbolique où la valeur de ceux-ci les place dans une réalité différente de leurs propriétés mathématiques.

Le Jeu de l’Oie.

De là, nous arrivons à notre « Jeu de l’Oie » qui utilise des nombres et chiffres très particuliers.

Pour mon analyse j’ai consulté la plupart des ressources web qui traitent du sujet. J’ai également étudié de près divers exemplaires du 17ème et 18ème siècle dans de multiples variantes. Cependant si j’ai rencontré une explication à tout ce que l’on trouve dans ce jeu de l’Oie et sur ses variantes, il m’a semblé être passé à côté de l’essentiel sur bon nombre de points, peu ou pas étudiés.

Référence et version analysée.

Pour cette raison j’ai remonté le temps et les variantes du jeu pour arriver à un exemplaire conservé au Metropolitan Museum de New York qui m’a servi de base de travail. (C’est ce merveilleux exemplaire qui se trouve en photo pour illustrer la page). Celui-ci semble être une réplique des premiers jeux de l’Oie dont on a la trace vers 1480. Ce jeu était alors très populaire à la cour des Médicis.

Celui-ci est d’environ 1500-1550. Il appartenait à une collection d’un prince du Lichtenstein vendu au Musée précité en 1962. Réalisé en bois précieux, orné d’or et d’ivoire ciselé, de pierres précieuses et semi précieuses, dans un état de conservation quasi parfait. Il a été réalisé dans une province du nord de l’Inde, d’après des plans imprimés venant d’Italie. Cet exemplaire est documenté en Juin 1597 par John Wolfe qui a attesté que le jeu a été joué à Londres.

Sentiment et Constats.

La première réaction est celle d’un émerveillement devant la finesse, la précision, et l’immense beauté d’une telle réalisation. Il s’agit là d’un trésor à tous les sens du terme.

Maintenant abordons le détail de cette œuvre d’art.

Il est tout d’abord évident que celle-ci a été soignée et réalisée dans un strict respect des proportions, des dessins, et des éléments qui ont été soumis par le plan imprimé, tant la qualité de réalisation est proche de la perfection. C’est là un objet réalisé par des orfèvres, et autres artistes de l’incrustation d’ivoire et de pierres précieuses qui réclament une grande minutie et une solide expérience tant le rendu est spectaculaire.

Première constatation.

Le jeu devait déjà être très populaire auprès d’autres cours pour que l’on demande l’exécution de ce fabuleux travail à des artistes des confins de l’Inde. Cependant les premières traces que nous en avons datent de 1480 ou il apparait à la cour des Médicis et nulle part ailleurs. Serait-ce que les puissants y voyaient un intérêt majeur pour en faire réaliser un exemplaire si loin en orient, sachant les difficultés d’un tel voyage à cette époque ?

Seconde constatation.

Une constatation non des moindres : dans cette version du jeu la case 6 est vide et le fameux pont du jeu a disparu. On en trouve un dans tous les spécimens postérieurs à cet exemplaire, voire un second en case 12. Autre fait notable, la case 19 est également vide, là où comme précédemment on trouve un hôtel ou une auberge jusqu’aux versions les plus récentes. Je rappelle que le pont, dès lors que l’on arrivait sur lui dans le jeu nous propulsait à la case 12 soit le double de 6 où il se trouve dans les autres versions. L’auberge ou l’hôtel eux, obligeaient lors d’un passage sur la case 19 à un arrêt de jeu pendant deux tours.

Enfin en ce qui concerne les « Oies » et compte tenu de la rigueur d’exécution de l’œuvre, il me semble que l’animal représenté n’est pas une « oie » mais un autre « oiseau » pour lequel on a voulu attirer l’attention sur la forme du bec, et de la queue en rond. Cet oiseau là n’a cependant rien à voir avec une « Oie.

Les cases « Oie » :

Elles sont ici présentes comme dans pratiquement tous les jeux qui se disent de l’Oie, aux cases qui sont la case 5, ou celles qui sont un multiple de 9. On les retrouve aussi dans celles qui « numérologiquement » parlant, c’est-à-dire en additionnant la valeur des chiffres du nombre de la case, ont la valeur 5. La case 14 soit 1 + 4 = 5, la case 23 où 2 + 3 = 5, ainsi que 32, 41, etc…

Maintenant abordons le détail des cases « pièges » :

Ces cases sont celles que communément nous nommons « Le Puits », « les Dés » en case 26 et 53, « Le Labyrinthe », « La Prison » et « la Mort ».

Le Puits :

Alors que nous trouvons dans les exemplaires postérieurs à celui qui est présenté ici, la représentation d’un puits ou d’un trou qui suppose la chute et l’oubli, parfois même nommé « oubliettes », nous avons là une représentation qui ressemble plus à une fontaine, certes sans eau, mais loin de laisser supposer la chute ou la perte en celle-ci.

Les Dés :

Dans les versions postérieures, les deux dés en case 26 affichent la valeur visible des faces 6 et 3, et ceux de la case 53 affichent la valeur des faces 5 et 4. Ils répondent à la règle dite officielle qui indique que le joueur lançant pour la première fois les dés au commencement du jeu, s’il fait 9 (6 et 3) va directement case 26 et s’il fait 9 (5 et 4) se dirige directement à la case 53. Dans notre version du jeu, il semble qu’il y ait là une différence fondamentale. Les dés de 26 et 53 sont bien présents mais affichent pour les deux cases, les valeurs 4 et 4 soit 8. Il semble que cela soit donc cohérent avec la valeur numérologique des cases 26 où 2 + 6  = 8 et la case 53 où 5 + 3 = 8…

Le Dessin et la Valeur des Dés :

Un autre détail frappant se situe dans le dessin lui-même des dés. Là où il y a une maîtrise avérée du dessin des formes géométriques et des objets, les dés semblent, eux, faits par un enfant qui ne saurait pas créer la troisième dimension graphiquement. De plus il y en a un en case 26 qui représente un pentagramme et non un carré sur la face haute, aucune valeur sur les autres côtés.

Case 53 : Dans la case 53 il n’y a que la face haute représentée, déséquilibrée dans les points de valeur pour un dessin, une arête non marquée, les autres faces sans valeur… pour les deux cases pas de représentation 3D des dés, et leur base est rectiligne semblant ainsi sortir du « sol » de la case. Peut-être est-ce là simplement une erreur, une érosion des motifs due au temps, un oubli, ou un dommage subit. J’éliminerais d’office les thèses d’oubli ou de mauvais marquage tant la précision est omniprésente dans le reste des dessins du jeu où parfois les formes sont bien plus complexes.

Précision et Minutie dans l’incrustation – Symbolique marquée du Trois, du Triangle.
Précision du travail d'incrustation et symbolique du Trois

Ci-contre la fleur du centre du plateau, un exemple de la minutie et du travail spectaculaire réalisé dans la confection de ce jeu. Quatre autres fleurs de ce type orne les angles, à droite de la Sortie « 63 » en fin de spirale le triangle est encore omniprésent… Cliquez sur l’image pour l’agrandir.

Le Labyrinthe :

Celui-ci est toujours présent dans les anciennes comme les versions plus récentes. Celui que nous étudions, est lui un peu particulier dans le sens où il représente deux parties concentriques distinctes avec des cases, reliées entre elles par deux portes. Il semble être une copie du jeu où il y a aussi une entrée et une sortie, sans la spirale qui a été remplacée par deux cercles. Le centre comporte un élément qui rappelle un obélisque, un cristal…

La case où se situe le labyrinthe est la numéro 42 et les chiffres séparés représentent pour le 4 la matière, le réel et les quatre éléments, le 2 fait lui référence à la dualité de l’incarnation. Y aurait-il là un message suggérant que la vie devient un labyrinthe dès lors qu’on se laisse prendre au jeu de l’incarnation dans la matière en s’éloignant de l’Un qui est Esprit ?

La Barque :

Présente à la case 52 elle est représentée dans les versions ultérieures parfois comme un esquif sans possibilité de manœuvre, parfois comme une tour ou une prison, autant de représentations qui suggèrent la perte, l’oubli ou la dérive. Notre barque -fait marquant- possède un gouvernail, qui est très bien représenté et visible. Elle laisse aussi entrevoir un autre équipement à l’avant, voile, rame ? Le fait est qu’elle n’inspire ni la perte, ni l’oubli et encore moins la dérive. Elle semble à disposition pour une traversée. En numérologie la case 52 c’est 5 + 2 = 7, et le chiffre 7 est plutôt symbole de chance, de connaissance, de savoir, de spiritualité et d’introspection…

La Mort :

Placée sur la case numéro 58, (numérologie 5 + 8 = 13 ). C’est une image que l’on retrouve dans toutes les versions. Cependant encore une fois, notre symbole « Mort » ici ne suggère pas celle-ci, la faux est tournée vers le sol, et le squelette tient un objet carré, marqué d’un point central qu’il semble vouloir offrir. Ce symbole est la mort offrant un cadeau à celui qui arrive sur cette case. Il ne signifie en rien la fin mais plutôt un nouveau choix ou départ à vivre. Mais de quel cadeau s’agit-il ? Un éventuel retour à l’Un, une nouvelle chance ?

La Forme générale et originale du Jeu.

Enfin et pour en finir de cette analyse, je reviendrai sur la spirale évoquée avant. Il s’agit d’une spirale centripète, involutive, c’est-à-dire tournée vers l’intérieur, vers le centre. Le parcours du jeu est un chemin en mouvement qu’évoque la spirale vers notre centre, vers une autre réalité de notre vie. Les portes d’entrée et de sortie en 63 sont noires et ne laisse penser à rien d’autre qu’à l’inconnu contrairement aux autres versions du jeu postérieures. Le fait que l’on y joue avec des dés n’est pas certain pour cette version, et peut-être y jouait-on avec d’autres valeurs . Le pentagramme que représente un des dés du 26 peut signifier l’être humain de valeur 4, ou une maison, ou tout autre chose qu’un dé.

En Conclusion.

Cette ancienne et primale version du jeu de l’Oie nous offre une grande part de mystère et d’énigmes. Il me semble que ce qui fait les « pièges » des autres versions soit ici comme un enseignement, un parcours initiatique.

Le but de ce « Jeu » est d’en sortir n’est-ce pas ? Ne serait-ce pas là une initiation à sortir du « Je » pour aller vers le « On » ou le « Soi », accompagné dans cette quête par les « Oiseaux » ? Ces « Oies » qui sont les messagères du ciel offertes tout au long du chemin ? Il suffit d’ouvrir les yeux du cœur et de l’Esprit pour comprendre que ce jeu est celui de notre vie. Notre vie quand nous ne savons plus voir les « Oies ». Quand nous ne savons plus écouter « le langage des oiseaux »… Quand nous ne sommes plus capables de discerner les signes qui pourtant sont manifestes en tant de choses.

Pour en terminer avec ce propos sur ce « Jeu de L’Oie » et avec l’aide de cette langue des Oiseaux, il semble bien qu’il nous enseigne plutôt « La Loi du Je » et comment en sortir pour grandir en conscience.

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